Le blog de la librairie des halles, Niort
L’histoire d’Adriana, petite fille de six ans dans le Madrid bourgeois des années 20 est un hymne à l’enfance, à l’imagination, au monde des livres et des mots, à l’amour. L’émotion est là... qui nous hypnotise à chaque page, faite de tendresse et de peurs. Adriana est une rebelle, solitaire et maligne, peuplant ses jours de fantaisie et d’histoires, trouvant refuge auprès de ceux qui travaillent côté dépendances et cuisine, et de sa tante, l’originale de la famille. Et si elle quitte peu à peu le monde de l’enfance, elle garde une belle distance avec ce monde des « géants » fait de ruptures et d’interdits : la séparation des parents, la rigidité de l’école catholique , l'interdiction de fréquenter son voisin Gavi, un brin bohème, dont la mère est une danseuse russe.
Un monde clos et protégé qui pourtant laisse filtrer les rumeurs du dehors. Et l’on entrevoit les dernières années de la République, et peu à peu celles de la guerre.
Les échos de celle-ci se font de plus en plus pressants, dévoilant «des temps difficiles »,
le déchirement et les oppositions politiques entre frères d’une même famille, et puis …la mort. Ce sont des thèmes récurrents dans les tout premiers romans d’Ana María Matute, vus à travers le regard d’un enfant qui essaye de comprendre la guerre.
On y devine presque une autobiographie imaginaire… mais plus encore, un livre initiatique où Alice se retrouve de l’autre côté du miroir en compagnie de Peter Pan.
Paradis inhabité, Ana María Matute.
Traduit de l’espagnol par Marie-Odile Fortier Masek.
10/18. 8.10 €